Ibn Taymiyya

Grand théologien sunnite, auteur de nombreux ouvrages, Ibn Taymiyya est né en 1263 à Harran (Turquie).

Suite à l’invasion mongole, il a émigré à Damas avec son père, à l’âge de six ans.
C’est là qu’il vivra jusqu’à sa mort, en 1328.

A 22 ans, il enseigne l’exégèse coranique par tradition (t-tafsîr bil-ma’thûr) – à distinguer de l’exégèse par l’opinion (at-tafsîr bir-ra’y).
Sa première intervention publique a lieu en 1292. C’est à cette occasion qu’il attaque un chrétien ayant insulté le prophète et réclame sa mise en mort. A l’issue de cette accusation, le chrétien se convertira à Islam et Ibn Taymiyya sera mis en prison pour trouble de l’ordre public.

Attaqué à plusieurs reprises pour ses professions de foi, il sera relâché systématiquement sans que son orthodoxie soit mise en cause d’une quelconque manière. Ses différents séjours en prison seront consécutifs à ses opinions en matière de jurisprudence (fiqh).

Aujourd’hui, l’œuvre d’Ibn Taymiyya souffre de son abondance et de son militantisme. Ses lectures sont souvent reprises aussi bien par les oppresseurs que par les oppressés : on les effectue avec des ambitions assez orientées et, à ce titre, il est difficile d’y retrouver ses réelles pensées. Yahia Michot, professeur en Science Politique à Oxford lui a consacré de nombreuses années d’étude et lors d’une conférence a mis en évidence l’immensité de ses travaux.

Ainsi, Ibn Taymiyya soutenait que l’homme est au carrefour de deux dimensions : il est créé par Dieu et est appelé à marcher selon un chemin. C’est par l’attention, que l’homme a la révélation, donnée par Dieu, qu’il peut devenir quelque chose. Mais l’homme n’est pas qu’une chose, l’homme peut également devenir un serviteur actif, au service de Dieu par l’adoration et en s’investissant lui-même. En bon serviteur, il doit aimer son apostolat. Mais si les notions d’amour et de soumission sont indispensables, il doit impérativement garder sa raison. Le fou ne fait pas partie des amis de Dieu contrairement aux soufistes qui prônent l’amour sans limite et sans règles.

Le soufisme apporte à l’Islam une dimension poétique et mystique qu’on chercherait en vain chez les exégètes des textes coraniques. Par ses aspects ésotériques, le soufisme présente des pratiques secrètes, des rites d’initiation, variables selon les maîtres qui l’enseignent. Les soufis sont respectueux de ces pratiques qui remontent au Prophète lui-même. Mahomet aurait reçu, en même temps que le Coran, des révélations ésotériques qu’il n’aurait ensuite communiqué qu’à certains de ses compagnons.

Ibn Taymiyya a dénoncé les dérives du soufisme, mais il avait de l’estime pour certains soufis qu’il jugeait conforme à l’orthodoxie : « Les grands maîtres Soufi sont bien connus et acceptés […] Ces grands Soufis étaient les leaders de l’humanité et ils appelaient à ce qui était juste et interdisait ce qui était mauvais ». Selon lui, « le parti le plus juste à prendre [plutôt de dire] qu’ils [les soufis] s’appliquent à obéir à Dieu ».

Patricia I.

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